Miel de Sapins

Miel de sapin

Lieu et processus de production.

Certaines années, sur mon rucher de montagne (qui se situe sur le Haut Plateau Ardéchois, à 1400 mètres d’altitude), je produis du miel de Sapins.

Cela arrive une fois tous les dix ans en moyenne. La dernière belle miellée de Sapins date de 2003 chez nous…

Pourquoi une fréquence aussi faible ? Parce que les Sapins font partie de la division des gymnospermes et que, par conséquent, ils ne font, pas de fleurs.

Les abeilles ne produisent donc pas le miel de Sapins avec le nectar des fleurs de cet arbre (puisqu’il n’en porte pas), mais avec  un miellat , une substance que des parasites des Sapins (des pucerons dans la plupart des cas) déposent sur ses aiguilles après les avoir piquées et en avoir sucé la sève.

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Une abeilles en train de butiner le miellat sur les aiguilles de Sapins.

 

Or, il faut des conditions météorologiques très particulières pour que ces pucerons se développent sur les Sapins (ainsi que sur d’autres résineux, éventuellement), d’où la rareté de ce miel. Le printemps doit être précoce et très chaud et l’été plutôt sec, mais pas trop tout de même sinon le miellat est trop dur et les abeilles ne parviennent pas à le récolter. Il ne doit pas y avoir d’orages trop violents non plus car sinon le miellat est lavé et les abeilles n’ont plus rien à récolter.

Nous avons eu de telles conditions en 2015. Les mois de Mars et d’Avril ont été très doux, la première semaine de mai très chaude (entre 25° et 28° à l’ombre) et le mois de juin caniculaire. Sur les dix premiers jours de Juin, on a eu les températures les plus élevées jamais observées (en moyenne et en absolu)  depuis que les relevés de températures existent, soit environ deux cents ans, sachant que le record précédent datait de…Juin 2014. Hormis durant quatre jours pluvieux entre le 10 et le 14 juin, les températures ont oscillé entre 35° et 45° de début juin jusqu’au 15 juillet. Inutile de vous dire qu’il ne faisait pas froid sous la combinaison d’apiculteur…

Les pucerons s’en sont donc donné à cœur joie et les abeilles ont pu butiner sur les aiguilles de Sapins de début juillet à fin août, même si la baisse des températures observées en août a limité la production.

La forêt dans laquelle je produis mon miel de Sapins est peuplée de Sapins Pectinés (Abies  Alba) ou Sapin Blanc – que l’on appelle aussi Sapin Noir à cause de la couleur vert foncé de ses aiguilles – de hêtres, de Sorbier des Oiseleurs, ainsi que d’Alisiers.

Néanmoins, le miel de Sapins peut être produit sur d’autres espèces de conifères telles que les Pins, les Épicéas, les Douglas, ou même les Mélèzes.

De plus, plusieurs espèces de Pucerons, voire même de Cochenilles, sont susceptibles de produire des miellats que les abeilles récolteront.

Evidemment, le fait que le miellat soit produit sur des Mélèzes plutôt que sur des Sapins Pectinés, par telle espèce de Pucerons plutôt que par telle autre (il en existe trois susceptibles de parasiter les Sapins) peut avoir une incidence sur les caractéristiques du miel et notamment son goût.

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Lorsqu’il y a beaucoup de miellat sur les Sapins, celui-ci coule sur les plants de Myrtilles sauvages qui poussent en dessous, leur donnant cet aspect luisant, mais les abeilles préfèrent le récolter directement sur les aiguilles de l’arbre.

 

Caractéristiques du miel de Sapins.

Le miel de Sapins est un miel sombre (donc riche en éléments antioxydants) avec un goût puissant et une grande longueur de bouche, avec des notes de caramel, de malt et de résine. D’une certaine manière, il ressemble un peu au miel de Châtaigniers, mais sans la petite amertume de fin de bouche. Il est plus épais que les miels de fleurs car il ne contient pas tout à fait les mêmes sucres, ou en tous cas pas dans les mêmes proportions. Son taux d’humidité est généralement inférieur à celui des miels de fleurs (autour de 16% d’eau, contre 18 à 22% pour les miels de fleurs). En résumé, c’est un miel puissant, doux et qui tapisse la bouche. Pour ma part je l’adore et je le mange à la louche.

Il peut néanmoins arriver que le miel de Sapins ne soit pas bon, ou en tous cas pas très bon. C’est le cas lorsqu’il contient un taux trop élevé de Mélézitose.

Ce sucre est produit par certaines espèces de Pucerons ou de Cochenilles sur certaines espèces de résineux. En trop grande quantité (disons à un taux supérieur à 10%),  il donne au miel un goût amer et provoque sa cristallisation, parfois avant la récolte, rendant celle-ci très compliquée, voire impossible

Par chance cela n’a pas été le cas de mon miel cette année.

Prix du miel de Sapins.

Le prix du miel de Sapins est relativement élevé en général. Il y a à cela deux raisons. La première réside dans sa rareté (on en produit en moyenne une fois tous les dix ans).

La deuxième tient aux effets que la miellée de Sapins a sur les colonies d’abeilles. Le fait, pour les abeilles, de récolter du miellat de Sapins (d’autres miellats ont le même type d’effets)  rend les colonies malades.

Les colonies développent une maladie appelée « maladie noire » ou « paralysie chronique des abeilles » qui peut provoquer un dépeuplement important des colonies, voire même la disparition de certaines d’entre elles durant l’hiver.

Cette maladie est due à un virus contenu dans le miellat. Elle se traduit par le noircissement de l’abdomen des ouvrières, une perte de pilosité et une paralysie, avec corps et ailes tremblantes. Les abeilles malades sont houspillées par les abeilles saines et poussées hors de la ruche.

Les causes réelles de cette maladie ne sont pas très bien comprises. Il se pourrait que le virus se trouve à l’état latent dans toutes les colonies et que le déséquilibre alimentaire provoquée par la récolte du miellat entraîne le déclenchement de celle-ci.

En effet, comme le miellat est très attractif pour les abeilles, celles-ci ont tendance à délaisser les fleurs durant la miellée de Sapins. Il en résulte une carence en pollen plus ou moins marquée. Or, le pollen est la source de protéines et de vitamines des abeilles. Ce déséquilibre alimentaire pourrait être un facteur favorisant l’apparition des symptômes.

Ce qui est frappant en tous cas, c’est la rapidité avec laquelle ces symptômes apparaissent. Une semaine seulement après avoir monté mes colonies en montagne, je trouvais déjà des tapis d’abeilles mortes devant mes ruches. Fort heureusement, ces symptômes ont disparu au mois d’août après chacun des orages qui ont interrompu la miellée. Ces orages ont donc obéré la production de miel, mais atténué ses effets délétères sur mes colonies, mais je ne pourrai réellement mesurer ces effets qu’au printemps prochain, en sortie d’hivernage.

Les conditions météorologiques de cet automne vont aussi conditionner cette sortie d’hivernage, car si elles sont bonnes et que les abeilles peuvent butiner les fleurs de Garrigue (notamment les arbousiers) dans de bonnes conditions, les populations d’abeilles pourront se reconstituer, ce qui augmentera d’autant les chances de survie des colonies durant l’hiver.

Ceci-dit, les apiculteurs savent que, toutes choses égales par ailleurs, une belle miellée de Sapins en année n se paie par une production moindre en année n+1, mais le miel de Sapins est un tel délice…

Mais alors, me direz-vous, « pourquoi les abeilles butinent-t-elles une substance qui les rend malades ? ».

« Mais parce qu’elles ne sont pas idiotes vous répondrais-je ! ».

Il faut bien comprendre que dans une colonie d’abeilles, ce n’est pas l’individu qui compte, mais le groupe, la colonie. Une colonie d’abeilles est un système auto régulé dont la seule fin réside dans la perpétuation de la colonie elle-même, et au-delà, de celle de l’espèce.

Dans cette perspective, la quantité de réserves de miel (qui constitue la réserve d’énergie) que peut accumuler une colonie durant la saison de butinage est un facteur clé de succès.

Or, la miellée de Sapins permet aux colonies d’accumuler de grandes quantités de miel, et si, pour ce faire, les colonies doivent perdre une partie de leur population, du « point de vue » de la colonie, ce n’est pas grave.

Et même, au-delà de cela, si quelques colonies disparaissent à cause de la miellée de Sapins, du « point de vue » de l’espèce, ce n’est pas grave, puisque celles qui survivront auront accumulé beaucoup de réserves de miel et pourront donc assurer la perpétuation de l’espèce.

On pourrait comparer cela avec les grandes transhumances d’herbivores (Gnous, Zèbres et autres Buffles) dans les plaines d’Afrique. Lorsque ces milliers d’animaux « décident » de se déplacer sur des centaines de kilomètres pour aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs, « ils savent » très bien que certains d’entre eux vont périr en route dévorer par des crocodiles en traversant un cours d’eau ou terrassés par la soif ou la faim, mais au final l’espèce sera gagnante, car celles et ceux qui arriveront à bon port seront dans les meilleures conditions pour perpétuer leur espèce. Toutes les espèces sont programmées pour atteindre ce but. Il en est même une qui semble prête à exterminer toutes les autres pour y parvenir.

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